Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie a mis en place une “flotte fantôme” (ou shadow fleet), un réseau de tankers pétroliers destiné à contourner les sanctions occidentales. Cette flotte compte entre 600 et 1 000 navires, souvent vétustes et immatriculés sous des pavillons de complaisance comme ceux du Bénin ou du Panama.
Grâce à ce système, Moscou a continué à générer plus de 100 milliards de dollars par an en exportations énergétiques.
En septembre 2025, le Panama a annulé l’immatriculation de plus de 200 tankers russes après des discussions avec l’Ukraine. Résultat : certains navires naviguent désormais sans pavillon clair, ce qui les expose à des interceptions légales en vertu de l’article 110 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Des tankers transformés en plateformes de drones : la guerre hybride en mer
Certains tankers serviraient de bases pour drones espions. L’Ukraine accuse la flotte fantôme d’avoir lancé des drones de surveillance visant des villes européennes.
Le tanker Boracay, intercepté par la marine française en octobre 2025, aurait été utilisé pour ces opérations hybrides, combinant transport pétrolier et espionnage.
Un réseau financier opaque qui passe par l’Inde, la Chine et les cryptos
Ces navires changent régulièrement de nom et de numéro MMSI pour brouiller les pistes. Exemple : le Boracay, construit en 2007 sous pavillon béninois, a été rebaptisé plusieurs fois. Il transportait 750 000 barils de pétrole russe Urals vers l’Inde, avant d’être immobilisé près de Saint-Nazaire (France) pour absence de justificatif de nationalité.
Ces tankers ne sont pas assurés par des compagnies occidentales. Ils utilisent des réassurances opaques et des paiements en cryptomonnaies via des intermédiaires en Inde et en Chine.
L’UE prévoit d’interdire ces réassurances dans son 19e paquet de sanctions, qui ajoutera 120 navires à une liste noire déjà forte de 568 unités.
Macron veut frapper fort : une coalition pour stopper la flotte
En octobre 2025, Emmanuel Macron a proposé une “Coalition of the Willing” avec l’OTAN pour ralentir ces tankers, même de quelques jours, afin de “détruire leur modèle économique”.
Le plan inclut des frappes ciblées contre les drones lancés depuis ces navires. Ceci est la preuve que la flotte fantôme est désormais perçue comme un outil de guerre hybride contre l’Europe.
Des risques écologiques majeurs ignorés par les débats publics
La flotte fantôme a triplé depuis 2022. Elle compte au moins 38 navires de plus de 20 ans, augmentant le risque d’accidents majeurs.
Un rapport de l’École d’économie de Kiev alerte sur un possible désastre écologique, comparable à des naufrages passés.
Des ONG comme Dark Waters Initiative dénoncent un système global. Transferts illicites en mer, surveillance, et financement indirect de la guerre. Sur 1 000 navires identifiés, 400 ne sont pas encore sanctionnés.
Historiquement, des flottes similaires existaient pour l’Iran ou le Venezuela, mais l’ampleur russe rend les mers beaucoup plus dangereuses.
