1. La « Concurrence Déloyale » : L’image du 100m

Imaginez une course de 100 mètres.

L’agriculteur français court avec un sac à dos de 20kg (les normes écologiques et sanitaires strictes).

L’agriculteur brésilien court en short léger et a le droit de prendre des stimulants (produits interdits chez nous).

Le problème : À l’arrivée, on regarde juste qui vend le moins cher. C’est ça, la concurrence déloyale.

Concrètement, de quoi parle-t-on ?

Les antibiotiques activateurs de croissance : En Europe, c’est interdit depuis 2006. On ne donne des antibiotiques aux bêtes que si elles sont malades. Au Brésil, on peut en donner systématiquement aux animaux sains pour qu’ils grossissent plus vite (ce qui fait plus de viande à vendre, plus vite).

Les pesticides « zombies » : Il existe des herbicides ou insecticides (comme l’Atrazine ou certains néonicotinoïdes) qui sont formellement interdits en France car jugés dangereux pour la santé ou les abeilles. Au Mercosur, ils sont autorisés. On se retrouve donc à importer des aliments traités avec des produits que nos propres agriculteurs n’ont pas le droit de toucher.

Résultat, produire un kilo de bœuf ou de poulet au Brésil coûte 30% à 50% moins cher qu’en France.

2. Le « Deal » : Voitures Allemandes contre Vaches Françaises

C’est l’argument politique le plus explosif. Un accord de libre-échange, c’est du troc : « J’achète tes produits sans taxe, tu achètes les miens sans taxe« .

Ce que l’Europe veut vendre (l’offensive) : L’Europe est une puissance industrielle et de services. L’Allemagne, en particulier, veut exporter ses voitures (Mercedes, BMW, VW), ses machines-outils et ses produits chimiques vers l’Amérique du Sud (un marché de 270 millions de consommateurs) sans payer les droits de douane qui sont actuellement très élevés là-bas.

Ce que le Mercosur veut vendre (la contrepartie) : Le Brésil et l’Argentine sont des puissances agricoles. Ce qu’ils ont à offrir en échange, c’est de la nourriture : bœuf, poulet, soja, sucre, éthanol.

La conclusion des agriculteurs : Ils estiment être la « monnaie d’échange ». On accepte de sacrifier une partie de l’élevage français (en faisant entrer de la viande pas chère) pour permettre à l’industrie allemande de vendre plus de berlines à Rio ou Buenos Aires.

3. La « Minorité de Blocage » : Un problème de mathématiques

La France ne peut pas dire « Veto » toute seule. Depuis le traité de Lisbonne, la plupart des décisions commerciales se prennent à la majorité qualifiée.

Pour que l’accord passe, il faut que 55% des pays représentant 65% de la population européenne disent « Oui ». Pour bloquer l’accord (ce que veut faire la France), il faut réunir une minorité de blocage.

Il faut au minimum 4 pays qui représentent au moins 35% de la population de l’Union Européenne. Or, la France pèse environ 15% de la population. Donc elle est isolée si elle est seule.

La stratégie de Macron : Il doit absolument convaincre d’autres « poids lourds » ou une grappe de petits pays.

Les alliés potentiels : La Pologne (très agricole), l’Autriche, les Pays-Bas (parfois), l’Irlande.

Les adversaires : L’Allemagne (veut l’accord pour son industrie), l’Espagne (a des liens historiques et linguistiques forts avec l’Amérique du Sud).